19 mars 2007
Sarkozy : un choix sans enthousiasme mais politiquement responsable
Comme le laissaient présager mes deux précédents billets, mon suffrage ira au candidat de l’UMP pour l’élection présidentielle. Voter pour Nicolas Sarkozy était loin d’être une évidence pour moi tant son comportement, ainsi que celui de sa garde rapprochée, m’a profondément agacé au cours des derniers mois (et je ne parlerai pas de la trahison de 1995). Ce blog est d’ailleurs né pour affirmer, qu’au sein de l’UMP, il existait encore une base chiraquienne qui était fière du chemin parcouru, qui soutenait l’action gouvernementale et restait fidèle au Chef de l’Etat. A la lecture des billets que j’ai publiés depuis le 21 octobre dernier, chacun comprendra que mon choix pour cette élection présidentielle est celui de la raison et non celui du cœur.
Comme beaucoup de mes amis chiraquiens, j’aurais aimé m’engager pleinement dans la campagne électorale auprès d’hommes politiques d’une autre envergure comme Alain Juppé ou Dominique de Villepin. Concernant ce dernier, j’ai d’ailleurs longtemps espéré qu’une fenêtre de tir s’ouvre pour lui permettre de sauter le pas et d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle. Malheureusement, les circonstances qui auraient pu légitimer une telle démarche, sans faire apparaître le Premier Ministre comme le diviseur de sa famille politique, ne se sont jamais concrétisées. Je le regrette profondément. Tout comme je regrette que nos députés aient trop vite perdu de vue l’intérêt général, qui aurait dû les conduire à plus de solidarité derrière Dominique de Villepin, au profit d’une motivation plus personnelle liée à leur future réélection ou à leur quête d’un maroquin ministériel dans un prochain gouvernement. Et pour ce faire, ils ont choisi de rallier celui qui apparaissait en pointe dans les sondages, préférant aller à la soupe plutôt que de défendre le bilan d’un quinquennat qu’ils ont, pour l’essentiel, contribué à façonner en votant tous les textes présentés par le Gouvernement. Quant à une nouvelle candidature de Jacques Chirac, il faut bien avouer que cette hypothèse n’aurait pas été sans danger pour le Président de la République qui courrait, alors, le risque non négligeable d’une sortie par la petite porte ("à la Giscard", auraient dit certains).
Bien entendu, je ne retire rien de ce que j’ai pu écrire jusqu’à ce jour. Je n’ai pas aimé les critiques lancées sur le sol américain sur la soit disant arrogance de la France. Je n’ai pas aimé les sifflets qui ont accompagné la prise de parole de Michèle Alliot-Marie lors d’une convention des cadres de l’UMP. Je n’ai pas aimé que, lors du meeting de Périgueux en octobre dernier, le nom du Premier Ministre ait été conspué par une minorité de militants irresponsables. Je n’ai pas aimé la rhétorique de la "rupture", fusse t-elle "tranquille", venant de la part d’un Ministre du Gouvernement, et qui plus, arborant le rang de Ministre d’Etat. Je n’ai pas aimé que l’action gouvernementale soit si souvent critiquée au sein même de l'UMP même si, depuis l’allocution télévisée du Président de la République, le candidat Sarkozy a mis de l’eau dans son vin en affirmant (enfin !…) assumer le bilan et la part d’héritage de Jacques Chirac. Seul ce pauvre François Fillon reste arc-bouté sur des considérations hostiles qui sont bizarrement apparues au lendemain de sa sortie de l’équipe ministérielle (y aurait-il un lien de cause à effet ?). Si la page doit être tournée, il n’est nul besoin de la déchirer. Plus proche de l’actualité, la proposition de créer un grand "Ministère de l’immigration et de l’identité nationale" me laisse perplexe. Ce domaine devrait, à mon sens, rester une compétence du Ministère de l’Intérieur sans qu’il soit besoin de créer un nouveau portefeuille ministériel de plein exercice.
Mais les cartes sont désormais abattues et, en politique, il est des moments où la responsabilité du militant (et de l’électeur) doit peser plus que les ressentiments personnels envers le seul candidat issu de son camp. Depuis 1987, j’ai adhéré, sans discontinuer, au RPR puis à l’UMP. C’est ma famille politique et même s’il m’est arrivé d’en contester certaines orientations, elle constitue le point de repère de mon engagement militant et une communion de valeurs dont je ne peux me résoudre à m’éloigner. C’est pourquoi, sans enthousiasme, mais avec le sens de la responsabilité politique, je voterai pour Nicolas Sarkozy dès le premier tour de l’élection présidentielle. Je constate, d'ailleurs, que c'est ce même choix qu'a désormais rendu public le Premier Ministre et l'on peut s'attendre, dans les jours qui viennent, à une démarche similaire de la part du Président de la République. Et s’il est élu le 6 mai prochain, j’espère que Nicolas Sarkozy saura habiter la fonction présidentielle avec autant de talents et de grandeur que l’aura fait, durant douze ans, un certain… Jacques Chirac.
18 mars 2007
Je ne voterai pas, non plus, pour François Bayrou
Nombreux sont ceux qui, au sein de la blogosphère chiraco-villepiniste qui a fleuri depuis plusieurs mois sur internet, ont décidé de rallier François Bayrou, poursuivant, ainsi, l’action qu’ils ont menée pour dénoncer certains des errements du candidat de l’UMP. Ce choix est éminemment respectable. Pour autant, je ne suivrai pas ce chemin. Je m’en explique. La ligne suivie par François Bayrou depuis 2002 s’inscrit clairement dans une politique de rupture avec la Présidence de Jacques Chirac et l’action menée par les gouvernements successifs de ce quinquennat. Bien entendu, ma fidélité à la majorité présidentielle actuelle m'ont conduit,depuis longtemps, à condamner, sans réserve, une telle orientation du Président de l’UDF.
Je réprouve, tout d’abord, la rupture avec l’électorat de centre-droit qui, à l’occasion des élections législatives de 2002, a voté pour des candidats estampillés UDF sur la base d’un programme électoral qui ne pouvait, sur aucun point, se confondre avec celui que proposait la gauche. Tous ceux qui, de bonne foi, souhaitaient affirmer leur appartenance à la droite républicaine sans pour autant rallier l’offre programmatique de l’UMP, sont aujourd’hui les cocus de l’UDF. Beaucoup auront compris que la posture du ni-droite, ni gauche, du Président de l’UDF, n’avait qu’un seul but : lui construire une image alternative (peu crédible, à mon sens) qui devait lui permettre d’asseoir sa démarche solitaire à l’occasion de l’élection présidentielle et d’assouvir, ainsi, une ambition personnelle démesurée. Même si sur ce dernier point, le comportement de François Bayrou peut paraître plus adroit que celui de Nicolas Sarkozy, car en apparence plus modéré, il n’en demeure pas moins que c’est son seul intérêt personnel qui a guidé François Bayrou au cours des dernières années. Et ce, au risque de fautes politiques majeures qui n’ont profité qu’à une opposition goguenarde.
Dès 2004, à l’occasion des élections régionales, le refus de présenter des listes communes UMP-UDF, a contribué à la déroute électorale de la droite avec le résultat que nous connaissons : vingt régions sur vingt deux sont désormais aux mains des socialistes.
Mais, plus grave encore à mes yeux, le candidat béarnais a entraîné le groupe UDF à l’Assemblée Nationale (ou en tout cas, une partie de ses troupes) à franchir le rubicon et à commettre une erreur que je juge impardonnable. Après avoir refusé de voter un volet du budget présenté par le Gouvernement de Dominique de Villepin (premier acte d’opposition frontale), il a apporté les voix de certains de ses députés à une motion de censure présentée par le groupe socialiste. Comment tous ceux qui ont souhaité que le Premier Ministre puisse jouer un rôle d’envergure dans cette élection présidentielle, peuvent-ils aujourd’hui apporter leur soutien à un homme qui a tout simplement voulu abattre le gouvernement ? Bien sûr, certains répondront que compte tenu de l’écrasante majorité de députés UMP à l’Assemblée, cette motion de censure n’avait aucune chance d’aboutir. Pour autant les faits sont là, et il y a bien eu une tentative de déstabiliser Dominique de Villepin dans une période où l’affaire Clearstream (dont je n’oublie pas l’orchestration nauséabonde dont elle a fait l’objet de la part de la garde sarkozyste) affaiblissait déjà le Chef du Gouvernement. Or, j’ose espérer que celui qui souhaite, pour la seconde fois, conduire les rênes du pays, assume avec responsabilité chacun de ses actes politiques.
Aujourd’hui, François Bayrou se présente un peu comme le David Copperfield de la politique française, en prônant une union nationale qui n’a pas sa place dans le cadre des institutions de la Vème République. Au niveau politique, l’union nationale ne peut s’envisager qu’au sortir d’une crise grave ayant porté atteinte à l’intégrité du pays ou à la cohésion du peuple français. Les évènements qui ont conduit le Général de Gaulle à composer avec la gauche et les communistes avaient un sens lorsqu’il s’agissait de panser les plaies d’un pays bouleversé par des années de guerre et de crise. Mais nous vivons, désormais, dans une démocratie apaisée et aucune circonstance de cette ampleur ne permet de légitimer la constitution d’un modèle de gouvernement qui concentrerait, en son sein, des hommes et des femmes portant des valeurs fondamentalement opposées.
Bien sûr, le principe de l’union nationale plait au Français si l’on en croit l’envolée de l’illusionniste Bayrou dans les sondages. Pourtant, pour accréditer une telle orientation, il faudrait, au préalable, que le candidat de l’UDF se positionne plus clairement et réponde à cinq questions majeures.
- Avec qui gouvernera t-il au lendemain de son éventuelle élection ? On connaît la sympathie qu’il ne cesse de témoigner à Dominique Strauss-Kahn ou à Jacques Delors. Mais l’un et l’autre lui ont déjà répondu qu’il n’était pas question d’envisager une plate-forme de gouvernement commun.
- Sur quelle majorité s’appuiera t-il à l’Assemblée Nationale pour mettre en œuvre les réformes essentielles dont notre pays ne pourra évidemment pas s’exonérer tout au long des cinq années à venir ? Je ne crois pas à une majorité de projets à géométrie variable qui pourrait se constituer au gré des différentes propositions de lois. L’exemple italien démontre, s’il en était besoin, qu’une telle démarche engendrerait une instabilité néfaste pour le pays.
- François Bayrou affirme avoir déjà plus de 600 candidats qui, dans la foulée de son hypothétique accession à l’Elysée, se présenteraient aux élections législatives qui suivront. Cette perspective est en totale contradiction avec la volonté d’union nationale prônée par le candidat centriste puisqu’il chercherait, dès lors, à constituer sa propre majorité constituée de députés UDF. Mais outre cette incohérence, la présence systématique de candidats UDF dans chacune de nos circonscriptions conduirait inévitablement à des triangulaires au second tour et permettrait, à coup sûr, de favoriser l’émergence d’une majorité socialiste à l’Assemblée Nationale. Après avoir ravi à Jean-Marie Le Pen la place de troisième homme pour l’élection présidentielle, François Bayrou veut-il jouer le jeu trouble du Front National qui, en maintenant des candidats au second tour des législatives de 1997, a permis la victoire du Parti Socialiste ?
- Les électeurs sont versatiles et trop souvent prompts à retirer la confiance qu’ils ont témoignée à ceux qu’ils ont élu. Cette instabilité s’est traduite, au cours des vingt dernières années, par une alternance systématique à chaque consultation électorale. Le mot d’ordre est toujours le même : il faut sortir les sortants. Aussi, en retenant l’hypothèse (invraisemblable) d’un gouvernement d’union nationale, vers quelle offre politique pourraient alors se tourner les français si ce n’est celle proposée par les extrêmes de tous poils ?
- Enfin, face à la frilosité de nos compatriotes sur la construction européenne, le leader centristes osera t-il avancer le projet fédéraliste qui lui tient à coeur alors que l’Europe politique ne pourra se faire au détriment du cadre national qui fonde la cohésion des tous les peuples ?
Il y peu de chances d’obtenir, de la voix même du candidat centriste, des réponses claires à ces questions, sauf à se satisfaire d’envolées lyriques qui ont pour objectif d’endormir les électeurs. Je me sens bien trop éveillé pour m’en laisser conter. François Bayrou ne sera pas mon candidat.
17 mars 2007
Je ne voterai pas pour Ségolène Royal
Dans mon précédent billet consacré à l’intervention du Président Chirac, j’avais indiqué que j’annoncerais, sur ce blog, le nom du candidat auquel j’apporterai mon suffrage à l’occasion de l’élection présidentielle. Bien évidemment, je ne voterai pas pour Ségolène Royal. D’abord parce que je n’ai jamais partagé les valeurs de la gauche et qu’à aucun moment de ma vie, je n’ai apporté ma voix à un représentant du Parti Socialiste ou de ses alliés. Il n’y donc aucune raison pour que je commence aujourd’hui. Mais au delà des divergences d’idées, qui sont légitimes dans toute démocratie, c’est la personnalité de la candidate du PS qui me révulse. Les sourires qu’elle arbore devant les caméras ou les objectifs des photographes n’arrivent pas à dissimuler un caractère rigide et intolérant qui me semble difficilement compatible avec la fonction présidentielle. A ce titre, le livre qu’a récemment publié son ancienne chef de cabinet à la région Poitou-Charentes est révélateur. Et je me souviens de l’anecdote rapportée par un ancien Conseiller du Président de la République et ancien député de la Dordogne qui, à l’aube de son premier mandat législatif, avait croisé, dans le wagon bar du TGV Angoulême-Paris, celle qui était alors Ministre de l’environnement. Par courtoisie, et avec l’esprit républicain qui sied à tout élu normalement constitué, il avait eu l’outrecuidance de proposer d’offrir un café à Madame Royal. Proposition vertement repoussée par la "Cruella" du Poitou qui lui avait alors signifié qu’elle n’avait pas l’intention de partager un café avec un homme de droite. Cette réaction était déjà le reflet d’un comportement impérieux. D’autres, même au sein de sa famille politique (vous connaissez Eric Besson ?), ont pu vérifier ce trait de caractère peu glorieux pour qui à vocation à rassembler les Français.
Sur le plan programmatique, il est, là aussi, évident que je ne peux me retrouver dans les propositions de la candidate du PS qui, tantôt s’inscrit dans la ligne doctrinaire de son parti, tantôt annonce sa volonté de s’émanciper du poids des éléphants. Bien sûr, tout ça n’est que posture. Et le caractère compassionnel qui accompagne chacune de ses interventions télévisées devient exaspérant. Avec Ségolène Royal, c’est démagogie à tous les étages, et parfois, on frise même le ridicule. Et s’il advenait, par malheur, que la candidate du Parti Socialiste accède à la fonction suprême, je suis prêt à parier que nous revivrions ce que nous avons déjà connu en 1981 : deux premières années de pouvoir marquées par la mise en œuvre d’un programme en décalage total avec les réalités économiques nationales et mondiales contre lesquelles il se fracasserait inexorablement . La suite du quinquennat s’inscrirait alors dans une politique de rigueur qui aurait pour but de corriger les erreurs engendrées par une vision purement dogmatique. Ségolène Royal terminerait son mandat avec une côte de popularité qui n’aurait rien à envier à celle d’Edith Cresson après seulement cinq mois passés à Matignon. Notre pays perdrait cinq précieuses années alors que les bouleversements internationaux et l’émergence des pays asiatiques dans l’économie mondialisée nous imposent une capacité d’adaptation constante. Indéniablement, l’arrivée de la gauche au pouvoir serait un mauvais coup portée à la France.
Si certains étaient encore tentés de voter Royal, je les invite à consulter, de toute urgence, les spécialistes de SégoStop.
09 mars 2007
Quand Rachida Dati joue les "Lucky Luck", Jean-Louis Borloo riposte
En cette fin de semaine, Rachida Dati, la porte-parole du candidat de l'UMP, a voulu tirer plus vite que son ombre en annonçant, dans une conférence de presse, le ralliement officiel de Jean-Louis Borloo à la candidature de Nicolas Sarkozy et sa présence auprès du Ministre candidat au cours des tous prochains meetings. Bien mal lui en pris de vouloir, ainsi, griller la politesse au principal intéressé qui a vivement réagi. "Je démens formellement les informations dont Madame DATI s'est fait l'écho. A ce jour, aucun accord n'est intervenu" a vertement répondu le Ministre de la Cohésion Sociale dans un communiqué de presse. Même s'il ne cache pas que des rencontres sont d'ores et déjà programmées avec Nicolas Sarkozy et s'il ne fait guère de doutes que Jean-Louis Borloo soutiendra finalement sa candidature, il a voulu rappeler que Rachida Dati n'était pas sa porte-parole et que, par conséquent, elle n'avait pas vocation à s'exprimer en son nom. L'envolée de François Bayrou dans les sondages semble créer des crispations dans l'entourage de Nicolas Sarkozy. Ainsi, afin de tenter de limiter la progression du candidat de l'UDF, il semblerait que la course aux ralliements "centristres" soit désormais lancée. Après Simone Veil, dont le ralliement semble plus motivé par d'anciennes rancœurs envers François Bayrou que par une réelle adhésion au programme sarkozyste, Jean-Louis Borloo représente une cible de choix dans ce "mercato" politique. Sauf que le respect des hommes mérite mieux que les seuls effets d'annonces précipitées.
05 mars 2007
François Fillon, l'incorrigible.
Invité de l'émission "Le franc parler" sur France-Inter, François Fillon n'a pas pu s'empêcher de critiquer, à mots couverts, la présidence de Jacques Chirac. Alors que le candidat de l'UMP avait fait, en fin de semaine dernière, un pas vers le Chef de l'Etat en louant la politique internationale menée depuis douze ans, son conseiller politique a réduit à néant les efforts de Nicolas Sarkozy en affirmant que rien n'a été fait depuis 2002 (François Fillon oublie certainement qu'il a occupé des fonctions ministérielles durant cette période...). C'est d'ailleurs sur ce thème de la politique étrangère que le Premier Ministre virtuel du non moins virtuel Président Sarkozy a été le plus maladroit en reprenant la critique de son mentor sur l'arrogance française envers les Etats-Unis au moment de l'intervention américaine en Irak. Alors que le journaliste lui demandait s'il estimait que Dominique de Villepin avait incarné cette "arrogance française" lors de son discours à l'ONU, le 14 février 2003, François Fillon a préféré éluder la question plutôt que d'apporter son soutien à celui qui était, à l'époque, son collègue au Ministère des Affaires Etrangères. Interrogé, par ailleurs, sur un hypothétique soutien de Jacques Chirac au candidat de l'UMP, François Fillon a estimé qu'une telle éventualité ne devrait pas conduire Nicolas Sarkozy à renoncer à la rupture. Le mot qui avait tendance, depuis quelques semaines, à disparaître du vocabulaire sarkozyste, réapparaît donc dans le débat. Il semblerait que dans l'entourage de Nicolas Sarkozy, on ait du mal à trouver le ton juste qui permettra de rallier les chiraquiens de coeur. Et il n'est pas certain qu'à souffler le chaud, puis le froid, la technique permette de rassembler au delà du club trés fermé des "sarko-boys".
17 février 2007
Quand le coût des promesses fait douter les entourages de campagne
Tant à l'UMP qu'au PS, les équipes de campagne des deux candidats commencent à s'émouvoir et à s'inquiéter face à la prolifération des promesses non financées. Ainsi, alors que le coût des programmes électoraux de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy a alimenté le débat au cours de la semaine passée, ce sont les "financiers" de chacune des écuries présidentielles qui, en employant des méthodes différentes, ont décrédibilisé le discours économique de leur candidat respectif.
Méthode brutale pour Eric Besson, le Monsieur "chiffrage" de l'égérie du PS, qui a claqué la porte de la rue Solférino après une altercation avec François Hollande. Ségolène Royal, qui n'a pas apprécié d'être désavouée de la sorte par son camarade dont elle connaît la proximité avec Lionel Jospin, a ironisé sur cet incident de campagne en déclarant devant les journalistes : "Mais qui connaît Eric Besson ? Vous le connaissez, vous, Eric Besson ?". Aux dernières nouvelles, il paraîtrait que le principal intéressé n'a pas vraiment apprécié... et qu'il s'exprimerait dans le courant de la semaine prochaine lors d'une conférence de presse. A suivre...
A l'UMP, si les doutes sont exprimés de façon plus feutrée, il n'en demeure pas moins que les grands argentiers de l'entourage sarkozyste, qu'il s'agisse de Pierre Méhaignerie, Gilles Carrez ou d'Alain Lambert, s'interrogent sur l'inflation exponentielle du programme de leur mentor. Pierre Méhaignerie s'était déjà fait tancé par Nicolas Sarkozy alors qu'il avait évalué le coût du programme présidentiel du maître de Neuilly entre 37 et 40 milliards d'euros. Une rectification est tombée dans la semaine pour ramener le chiffre à 30 milliards d'euros. Mais on n'apprend dans un article du Monde intitulé "L'UMP rabote les promesses de son candidat pour lui permettre de tenir son chiffrage" que les tenants de la rigueur budgétaire ont obtenu audience auprès de François Fillon pour tenter d'infléchir cette tendance inflationniste du programme.
Pendant ce temps, le Premier Ministre se place au dessus de la mêlée. Dimanche dernier, à la veille de la seconde conférence nationale pour les dépenses publiques qu'il devait présider, il espérait faire prendre conscience aux français de l'enjeu de la dette de l'Etat et de ses répercussions sur le pouvoir d'achat. Une façon de renvoyer dans les cordes les deux principaux candidats à l'élection présidentielle.
12 février 2007
Dominique de Villepin tacle Ségolène Royal
Dominique de Villepin a mis en garde lundi contre un "retour à la dépense publique inconsidérée" et aux "errements du passé" au lendemain de la présentation du programme de la candidate socialiste Ségolène Royal. "Faut-il revenir aux errements du passé ? Nous avons tous payé bien cher collectivement l'irresponsabilité dans ce domaine", a déclaré le Premier Ministre à l'issue de la IIème conférence nationale des finances publiques. "Les efforts qui ont été faits" pour réduire la dette "nous permettent aujourd'hui de constater que non seulement c'est possible, mais que nous pouvons regarder l'avenir avec optimisme", a-t-il expliqué. "Tout ça serait remis en cause par un retour à la dépense publique inconsidérée, par un retour à l'absence de responsabilité dans ce domaine". "Nous avons retrouvé le chemin de la responsabilité et de la dignité pour la France, je crois qu'il est important de s'y tenir au fil des prochaines années", a-t-il poursuivi. Le Chef du Gouvernement a relevé devant la presse qu'un certain nombre de propositions faites dimanche à Villepinte par la candidate socialiste étaient déjà mises en oeuvre par son gouvernement comme la construction de logements sociaux, l'extension du prêt à taux zéro et la création d'un service universel bancaire de base. Il a par ailleurs jugé "peu réalistes" d'autres propositions de Ségolène Royal comme la fusion entre EDF et GDF "totalement inacceptable". Source AP
10 février 2007
Le bal des faux-culs
Alors qu’ils n’ont cessé de critiquer à mi-mots ou d’attaquer frontalement l’action de Jacques Chirac au cours des derniers mois, les lieutenants de Nicolas Sarkozy deviennent tout à coup plus respectueux à l’égard du Président de la République (voire même élogieux) à l’approche du premier tour de l’élection présidentielle. Pourquoi ce retournement de tendance ? Tout simplement parce que les porte-flingues du candidat de l’UMP ont anticipé la décision de Jacques Chirac sur la base de l’interview qu’il a accordée à Michel Drucker dans le cadre de l’émission dominicale consacrée à Bernadette Chirac. On aurait aimé que ces prises de position des uns et des autres interviennent plus tôt, et en tous cas lorsque la majorité présidentielle nécessitait l’unité et la loyauté qui ont tant manqué. Désormais, la consigne semble être claire : après avoir prôner la rupture, il faut désormais rallier l’électorat chiraquien à la cause du candidat Sarkozy. Même si l’on ne peut que se satisfaire de cette nouvelle tendance, la brutalité des attaques proférées au cours des deux dernières années à l’encontre de l’action du Président de la République et du Premier Ministre risquent de laisser des traces.
Extrait de l’article Quand les députés sarkozystes rendent hommage au chef de l'État, publié dans le Figaro du 9 février 2007 sous la plume de Sophie HUET.
Pour les députés sarkozystes, les propos de Jacques Chirac sont sans ambiguïté : le chef de l'État est évidemment sur le départ. "Je les interprète comme la volonté du président de la République d'occuper des responsabilités au plan international, pour le maintien de la paix, la recherche d'un équilibre au Moyen-Orient, ou sur les questions de climat et d'environnement", analyse Pierre Méhaignerie. Le secrétaire général de l'UMP le voit jouer un rôle "comme Bill Clinton", l'ancien Président des États-Unis. Pour Dominique Paillé, "Jacques Chirac prépare les Français à une annonce de non-candidature, mais cela ne veut pas dire, précise le député des Deux-Sèvres, qu'il se retire définitivement de la vie politique, ce que je ne souhaite pas". Conseiller politique du candidat de l'UMP, Patrick Devedjian pense que Jacques Chirac "s'apprête à soutenir Nicolas Sarkozy" mais qu'il "choisira le moment pour le dire". Bernard Accoyer, le patron des députés UMP, observe : "Toute sa vie Jacques Chirac a été au service de la France, cette priorité reste la sienne".Laurent Wauquiez, l'un des porte-parole de la nouvelle génération, considère qu'il s'agit d'une "reconnaissance à demi-mots, qu'il a l'intention de passer le relais". "Il faudra, dit-il, respecter ce moment d'émotion difficile pour un homme qui laissera une trace historique beaucoup plus importante qu'on ne le croit dans l'histoire de la Vème République ". Axel Poniatowski juge que le chef de l'État a "une assez belle manière" de préparer les Français à son départ de l'Élysée. Au passage, il souligne que le chef de l'État "s'est efforcé, avec persévérance, de maintenir la paix dans le monde". Thierry Mariani rend également hommage à Jacques Chirac qui "a une très bonne image à l'étranger" et qui a "fait des réformes de fond". "Les Français l'aiment bien mais ils veulent qu'il passe la main", pense le député du Vaucluse. Étienne Pinte rappelle, lui, que le chef de l'État a été "un visionnaire" en matière de développement durable et d'écologie. Le député maire de Versailles verrait bien Jacques Chirac présider "une sorte d'Organisation des Nations unies bis pour défendre l'environnement". Nadine Morano n'est pas avare de compliments sur "l'énergie", "le tempérament" de Jacques Chirac, qui "a très bien défendu les intérêts des Français". "En matière commerciale, il restera l'un des meilleurs VRP des produits français, du TGV, d'Airbus", poursuit le député de Meurthe-et-Moselle, qui "ne voit pas Jacques Chirac arrêter son activité politique". Yves Jego partage ce point de vue : "Après quarante ans de vie politique, on n'imagine pas qu'il puisse ne rien faire", considère l'élu de Seine-et-Marne, qui met à l'actif de Jacques Chirac le fait d'avoir "permis à la France d'opérer un virage en douceur vers un monde qui change".
04 février 2007
Crise de schizophrénie dans l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy
"J'ai changé". Nicolas Sarkozy l’avait martelé à plusieurs reprises dans son discours prononcé lors du congrès de l’UMP du 14 janvier dernier. Pourtant, à observer la tournure que prend la campagne du candidat Sarkozy, il semble que rien n’ait changé. Si le mot "rupture" tend à disparaître du vocabulaire Sarkozyste, le candidat et ses principaux porte-flingues ne manquent jamais l’occasion d’essayer de jeter le discrédit sur l’action du Gouvernement et du Président de la République.
Ainsi, dans un entretien accordé à La Tribune et publié le 29 janvier dernier, Xavier Bertrand, qui cumule désormais les casquettes de Ministre de la Santé et de porte-parole du candidat de l’UMP, avait cru bon de critiquer la formule du CNE (Contrat Nouvelle Embauche). Il s’était d’ailleurs fait vertement rappeler à l’ordre par Dominique de Villepin qui n’avait manifestement pas apprécié le manque de solidarité gouvernementale dont faisait preuve, à cette occasion, le Ministre Bertrand. Surtout à la veille de la publication des chiffres du chômage qui ont marqué, une fois de plus, les excellents résultats engrangés par le Premier Ministre sur le front de l’emploi.
A l’occasion d'une réunion publique qu’il a tenue vendredi dernier à Maison-Alfort, c’est le Ministre candidat, lui même, qui s’en est pris à la politique menée par le Ministère de l’Education Nationale… et les mots n’étaient pas tendres : "la faillite de l'éducation a mis en faillite notre système d'intégration. Les professeurs, les instituteurs ne sont pas responsables de cette faillite (...) C'est la politique qui a fait l'école de la République. C'est la politique qui l'a défaite". C’est donc Gilles de Robien qui a dû monter au créneau pour contre-attaquer : "je n'accepte pas qu'on parle de faillite et de désastre quand il s'agit du travail des enseignants : ce sont des propos très mal inspirés, maladroits et injustes vis à vis du travail magnifique fourni par les enseignants". Et d'ajouter que "jamais l'Education Nationale n'aura fait autant de réformes que depuis 20 mois et je suis sûr que mes prédécesseurs, Xavier Darcos et François Fillon, peuvent en témoigner. C'est le travail de sa majorité d'une part et de ses amis d'autre part". Une façon de rappeler que ceux qui crachent aujourd’hui dans la soupe ont eu en charge les plus hautes responsabilités au sein de ce ministère et qu’il est aujourd’hui paradoxal de les entendre critiquer à tout bout de champ les actions menées depuis 2002.
Enfin, ce soir, au Grand Jury RTL- LCI-Le Figaro, François Fillon qui s’imagine déjà emménager à l’Hôtel Matignon dès le 7 mai prochain, a, une nouvelle fois, fait preuve d’un intolérable manque de loyauté vis à vis du Chef de l’Etat et de la politique gouvernementale. Pour autant, comme l’avait déjà fait Nicolas Sarkozy récemment, il a souhaité que Jacques Chirac apporte, officiellement et rapidement, son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy. Mais dans ce cas, pourquoi vouloir prôner la rupture et lancer des incantations pour recevoir l’adoubement élyséen. La schizophrénie que nous pensions réservée au seul candidat de l’UMP semble désormais se propager à toute l’équipe des "ralliés".
29 janvier 2007
Le double langage de Nicolas Sarkozy
Intéressant, l'article de Laurent de Boissieu sur le blog Présidentielle 2007 que nous reproduisons ci-dessous.
Que pense vraiment Nicolas Sarkozy ?
Surprise ! Seul candidat, Nicolas Sarkozy a obtenu 100% des suffrages exprimés des adhérents de l'UMP. Mais ne le blâmons pas. Blâmons plutôt ceux qui ont renoncé à présenter leur candidature face à lui... On peut en revanche légitimement s'interroger, alors que la droite est prompt à dénoncer le manque de convictions de Ségolène Royal, sur la force des convictions de Nicolas Sarkozy. Trois exemples issus de son discours d'entrée en campagne, le 14 janvier 2007, Porte de Versailles à Paris.
1. Communautarisme et discrimination positive
1. 1. Le 20 novembre 2003, lors de l'émission "100 minutes pour convaincre" sur France 2, Nicolas Sarkozy a mis en avant le concept de discrimination positive fondée sur la religion en parlant de "hauts fonctionnaires musulmans" et de "préfet musulman". Dans son livre publié en 2004 (La République, les religions, l'espérance, Cerf), la discrimination positive n'est plus fondée sur la religion mais sur l'origine : "Dans une République, les droits des citoyens ne sauraient varier en fonction de l'ancienneté de l'installation. En période de rattrapage, il peut y avoir des aménagements". Le 13 février 2006, sur RMC, le ministre de l'intérieur répond positivement à la question de savoir s'il convient de "faire apparaître l'origine ethnique des délinquants dans les statistiques de la police". Dans son livre publié en 2006 (Témoignage, XO Éditions), il regrette également que "nos statistiques ne connaissent que deux catégories de personnes : les françaises et les étrangères" et qu'il soit "interdit en France de calculer le nombre de Français d'origine maghrébine, d'origine turque, d'origine chinoise, le nombre de Français noirs". Dans le même ouvrage, Nicolas Sarkozy explique qu'il a voulu appliquer la discrimination positive en souhaitant "la nomination d'un préfet musulman, et, plus tard, de personnes issues de l'immigration ou originaires d'outre-mer pour les préfets à l'égalité des chances dont les postes ont été créés après la crise des banlieues à l'automne 2005". Dans Le Parisien du 20 octobre 2006, la discrimination positive n'est ainsi plus fondée ni sur la religion ni sur l'origine mais sur la couleur de la peau : "Les administrations sont obligées par la loi d'avoir 6% de leurs collaborateurs avec un handicap. Qu'est-ce que c'est, sinon un quota ? J'aimerais qu'on me dise pourquoi il serait normal de faire de la discrimination positive pour les femmes ou les handicapés, et pourquoi ce serait anormal pour les compatriotes de couleur".
1. 2. Parallèlement, le même Nicolas Sarkozy se contredit : "La tentation du communautarisme menace d’enfermer chacun dans ses origines, sa religion et sa couleur de peau" (Agen, 22 juin 2006) "Je refuse le communautarisme qui réduit l'homme à sa seule identité visible" (Paris, 14 janvier 2007)
2. Relations transatlantiques
2. 1. Dans le contexte de sa visite aux États-Unis (entretien dans Le Monde daté du 11 septembre 2006, discours du 12 septembre 2006 à Washington, entretien dans la revue Le Meilleur des Mondes), Nicolas Sarkozy a remis en cause la position de la France au Conseil de sécurité de l'ONU lors de la crise irakienne, en 2003. Le reproche de "la menace de l'utilisation de notre droit de veto" était déjà présente dans le livre publié en 2006 par "Sarkozy l'Américain" (l'expression est du spécialiste des relations internationales Dominique Moïsi).
2. 2. Dans le contexte de sa campagne électorale, le même Nicolas Sarkozy a rendu "hommage à Jacques Chirac, qui a fait honneur à la France quand il s’est opposé à la guerre en Irak, qui était une faute".
3. Institutions
3. 1. Lors de ses vœux à la presse du 12 janvier 2006 puis lors de la convention de l'UMP sur les institutions (5 avril 2006), Nicolas Sarkozy a souhaité une importante révision constitutionnelle afin que ce soit le président de la République, et non plus le premier ministre, qui détermine et conduise la politique de la Nation. Raillant ensuite, à l'occasion des forums de l'UMP, la conception gaulliste de la fonction présidentielle ("le président de la République n'est pas un arbitre au-dessus des partis, qui marche sur les eaux parce qu'il a été élu").
3. 2. Lors de son disours d'entrée en campagne, le même Nicolas Sarkozy tranche la question institutionnelle dans un sens opposé : "Notre démocratie n’a pas besoin d'une nouvelle révolution constitutionnelle. On change trop notre Constitution. Il faut arrêter de dire qu'elle est bonne et proposer tous les trimestres une nouvelle modification.*"
* allusion aux trois révisions constitutionnelles programmées par Jacques Chirac avant l'élection présidentielle