24 février 2007
Appel à la candidature de Dominique de villepin : l'initiative est-elle opportune ?
A l'initiative du Rassemblement des Jeunes pour la Vème République, de nombreux blogs "amis" ont publié, hier, un appel à la candidature de Dominique de Villepin à l'élection présidentielle. Le texte qui nous a été soumis pour être mis en ligne sur "No rupture" est digne d'intérêt et l'analyse qu'il soutient est partagée. Pour autant, la vision gaulliste de cette consultation repose aussi sur la volonté d'un homme, en l'occurrence le Premier Ministre. Aussi, nous avons décidé de ne pas relayer directement cette initiative pour deux raisons essentielles qui n'altèrent en rien notre indéfectible soutien à l'action de Dominique de Villepin qui reste, à nos yeux, un homme d'Etat de premier plan.
La première raison, soulevée en introduction, réside dans la volonté personnelle de Dominique de Villepin qui semble avoir abandonné toute ambition présidentielle comme le laissent penser les déclarations qu'il a faites au cours de la semaine passée. Cette candidature, que nous avons été nombreux à appeler de nos voeux, paraît, aujourd'hui, improbable et il n'est pas dans l'intérêt du Premier Ministre d'aller à l'encontre de ses propres intentions.
La seconde raison consiste à respecter le choix de Dominique de Villepin qui a toujours souhaité rester en réserve tant que le Président de la République n'avait pas annoncé ses propres intentions. Là aussi, une nouvelle candidature de Jacques Chirac est fort improbable, mais conformément à la position de Dominique de Villepin, il n'est pas de notre ressort de forcer le destin. Bien entendu, si Jacques Chirac venait à confirmer qu'il ne brigue pas un troisième mandat et s'il advenait, qu'au final, le Premier Ministre décide de se lancer dans la compétition, nous soutiendrions sans réserve et avec enthousiasme, sa candidature. Mais trop d'incertitudes subsistent pour anticiper une telle action.
Pour ceux qui veulent prendre connaissance de l'appel : Appelons la candidature de Dominique de Villepin
23 février 2007
Jean-Louis Debré : sage parmi les sages
Alors que la rumeur circulait depuis plusieurs semaines, le Chef de l'Etat a nommé Jean-Louis Debré à la présidence du Conseil Constitutionnel. Cette décision va bien sûr déclencher une polémique que ne manqueront pas de lancer la gauche et l'UDF dénonçant le "fait du Prince". Mais le prédécesseur de Jacques Chirac n'avait-il pas, lui aussi, nommé des hommes qui lui avaient voué une fidélité indéfectible ? Sans oublier que l'action de Jean-Louis Debré à la présidence de l'Assemblée Nationale a toujours été favorablement saluée par tous les députés, quel que soit le groupe politique auquel ils appartiennent.
Et puis, la nomination de Jean-Louis Debré s'inscrit dans un double symbole.
Symbole de la fidélité en politique de la part de celui qui a toujours été un ardent supporter du Président de la République... même lorsque des divergences existaient entre les deux hommes, comme ce fût le cas lors de la réforme constitutionnelle instituant le quinquennat. Certains ont ironisé sur ce dévouement au Chef de l'Etat, qualifiant le Président de l'Assemblée Nationale de "grognard" de Jacques Chirac. Il est vrai que la fidélité en politique n'est plus à la mode, cette valeur ayant été remplacée, depuis quelques mois, par la pratique d'un nouveau mode de soutien : "le ralliement". Pourtant, comme l'écrivait André Comte-Sponville : "la fidélité est au principe de toute morale : elle est le contraire du renversement de toutes les valeurs".
Cette nomination marque aussi, symboliquement et politiquement, l'attachement de Jacques Chirac aux institutions de la Vème République. En effet, c'est aujourd'hui le fils de Michel Debré, rédacteur de la Constitution en 1958, qui aura la charge de veiller au respect des principes qui ont permis à notre pays de connaître une stabilité politique depuis près de cinquante ans. Que tous ceux qui, à droite ou à gauche, souhaitent réformer de fond en comble nos institutions en soient bien conscients : le "grognard" les attend au tournant.
17 février 2007
Quand le coût des promesses fait douter les entourages de campagne
Tant à l'UMP qu'au PS, les équipes de campagne des deux candidats commencent à s'émouvoir et à s'inquiéter face à la prolifération des promesses non financées. Ainsi, alors que le coût des programmes électoraux de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy a alimenté le débat au cours de la semaine passée, ce sont les "financiers" de chacune des écuries présidentielles qui, en employant des méthodes différentes, ont décrédibilisé le discours économique de leur candidat respectif.
Méthode brutale pour Eric Besson, le Monsieur "chiffrage" de l'égérie du PS, qui a claqué la porte de la rue Solférino après une altercation avec François Hollande. Ségolène Royal, qui n'a pas apprécié d'être désavouée de la sorte par son camarade dont elle connaît la proximité avec Lionel Jospin, a ironisé sur cet incident de campagne en déclarant devant les journalistes : "Mais qui connaît Eric Besson ? Vous le connaissez, vous, Eric Besson ?". Aux dernières nouvelles, il paraîtrait que le principal intéressé n'a pas vraiment apprécié... et qu'il s'exprimerait dans le courant de la semaine prochaine lors d'une conférence de presse. A suivre...
A l'UMP, si les doutes sont exprimés de façon plus feutrée, il n'en demeure pas moins que les grands argentiers de l'entourage sarkozyste, qu'il s'agisse de Pierre Méhaignerie, Gilles Carrez ou d'Alain Lambert, s'interrogent sur l'inflation exponentielle du programme de leur mentor. Pierre Méhaignerie s'était déjà fait tancé par Nicolas Sarkozy alors qu'il avait évalué le coût du programme présidentiel du maître de Neuilly entre 37 et 40 milliards d'euros. Une rectification est tombée dans la semaine pour ramener le chiffre à 30 milliards d'euros. Mais on n'apprend dans un article du Monde intitulé "L'UMP rabote les promesses de son candidat pour lui permettre de tenir son chiffrage" que les tenants de la rigueur budgétaire ont obtenu audience auprès de François Fillon pour tenter d'infléchir cette tendance inflationniste du programme.
Pendant ce temps, le Premier Ministre se place au dessus de la mêlée. Dimanche dernier, à la veille de la seconde conférence nationale pour les dépenses publiques qu'il devait présider, il espérait faire prendre conscience aux français de l'enjeu de la dette de l'Etat et de ses répercussions sur le pouvoir d'achat. Une façon de renvoyer dans les cordes les deux principaux candidats à l'élection présidentielle.
12 février 2007
Dominique de Villepin tacle Ségolène Royal
Dominique de Villepin a mis en garde lundi contre un "retour à la dépense publique inconsidérée" et aux "errements du passé" au lendemain de la présentation du programme de la candidate socialiste Ségolène Royal. "Faut-il revenir aux errements du passé ? Nous avons tous payé bien cher collectivement l'irresponsabilité dans ce domaine", a déclaré le Premier Ministre à l'issue de la IIème conférence nationale des finances publiques. "Les efforts qui ont été faits" pour réduire la dette "nous permettent aujourd'hui de constater que non seulement c'est possible, mais que nous pouvons regarder l'avenir avec optimisme", a-t-il expliqué. "Tout ça serait remis en cause par un retour à la dépense publique inconsidérée, par un retour à l'absence de responsabilité dans ce domaine". "Nous avons retrouvé le chemin de la responsabilité et de la dignité pour la France, je crois qu'il est important de s'y tenir au fil des prochaines années", a-t-il poursuivi. Le Chef du Gouvernement a relevé devant la presse qu'un certain nombre de propositions faites dimanche à Villepinte par la candidate socialiste étaient déjà mises en oeuvre par son gouvernement comme la construction de logements sociaux, l'extension du prêt à taux zéro et la création d'un service universel bancaire de base. Il a par ailleurs jugé "peu réalistes" d'autres propositions de Ségolène Royal comme la fusion entre EDF et GDF "totalement inacceptable". Source AP
10 février 2007
Le bal des faux-culs
Alors qu’ils n’ont cessé de critiquer à mi-mots ou d’attaquer frontalement l’action de Jacques Chirac au cours des derniers mois, les lieutenants de Nicolas Sarkozy deviennent tout à coup plus respectueux à l’égard du Président de la République (voire même élogieux) à l’approche du premier tour de l’élection présidentielle. Pourquoi ce retournement de tendance ? Tout simplement parce que les porte-flingues du candidat de l’UMP ont anticipé la décision de Jacques Chirac sur la base de l’interview qu’il a accordée à Michel Drucker dans le cadre de l’émission dominicale consacrée à Bernadette Chirac. On aurait aimé que ces prises de position des uns et des autres interviennent plus tôt, et en tous cas lorsque la majorité présidentielle nécessitait l’unité et la loyauté qui ont tant manqué. Désormais, la consigne semble être claire : après avoir prôner la rupture, il faut désormais rallier l’électorat chiraquien à la cause du candidat Sarkozy. Même si l’on ne peut que se satisfaire de cette nouvelle tendance, la brutalité des attaques proférées au cours des deux dernières années à l’encontre de l’action du Président de la République et du Premier Ministre risquent de laisser des traces.
Extrait de l’article Quand les députés sarkozystes rendent hommage au chef de l'État, publié dans le Figaro du 9 février 2007 sous la plume de Sophie HUET.
Pour les députés sarkozystes, les propos de Jacques Chirac sont sans ambiguïté : le chef de l'État est évidemment sur le départ. "Je les interprète comme la volonté du président de la République d'occuper des responsabilités au plan international, pour le maintien de la paix, la recherche d'un équilibre au Moyen-Orient, ou sur les questions de climat et d'environnement", analyse Pierre Méhaignerie. Le secrétaire général de l'UMP le voit jouer un rôle "comme Bill Clinton", l'ancien Président des États-Unis. Pour Dominique Paillé, "Jacques Chirac prépare les Français à une annonce de non-candidature, mais cela ne veut pas dire, précise le député des Deux-Sèvres, qu'il se retire définitivement de la vie politique, ce que je ne souhaite pas". Conseiller politique du candidat de l'UMP, Patrick Devedjian pense que Jacques Chirac "s'apprête à soutenir Nicolas Sarkozy" mais qu'il "choisira le moment pour le dire". Bernard Accoyer, le patron des députés UMP, observe : "Toute sa vie Jacques Chirac a été au service de la France, cette priorité reste la sienne".Laurent Wauquiez, l'un des porte-parole de la nouvelle génération, considère qu'il s'agit d'une "reconnaissance à demi-mots, qu'il a l'intention de passer le relais". "Il faudra, dit-il, respecter ce moment d'émotion difficile pour un homme qui laissera une trace historique beaucoup plus importante qu'on ne le croit dans l'histoire de la Vème République ". Axel Poniatowski juge que le chef de l'État a "une assez belle manière" de préparer les Français à son départ de l'Élysée. Au passage, il souligne que le chef de l'État "s'est efforcé, avec persévérance, de maintenir la paix dans le monde". Thierry Mariani rend également hommage à Jacques Chirac qui "a une très bonne image à l'étranger" et qui a "fait des réformes de fond". "Les Français l'aiment bien mais ils veulent qu'il passe la main", pense le député du Vaucluse. Étienne Pinte rappelle, lui, que le chef de l'État a été "un visionnaire" en matière de développement durable et d'écologie. Le député maire de Versailles verrait bien Jacques Chirac présider "une sorte d'Organisation des Nations unies bis pour défendre l'environnement". Nadine Morano n'est pas avare de compliments sur "l'énergie", "le tempérament" de Jacques Chirac, qui "a très bien défendu les intérêts des Français". "En matière commerciale, il restera l'un des meilleurs VRP des produits français, du TGV, d'Airbus", poursuit le député de Meurthe-et-Moselle, qui "ne voit pas Jacques Chirac arrêter son activité politique". Yves Jego partage ce point de vue : "Après quarante ans de vie politique, on n'imagine pas qu'il puisse ne rien faire", considère l'élu de Seine-et-Marne, qui met à l'actif de Jacques Chirac le fait d'avoir "permis à la France d'opérer un virage en douceur vers un monde qui change".
09 février 2007
La théorie de l'effet boomerang vérifiée
Répondant à une attaque du Président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale qui attaquait le candidat Sarkozy, le Premier Ministre avait mis en garde l'opposition contre l'effet boomerang de certaines polémiques politiciennes. Les socialistes ont pu vérifier, cette semaine, la pertinence de la remarque de Dominique de Villepin. Ainsi, après avoir rameuter le ban et l'arrière ban de la presse pour dénoncer le déploiement de moyens mis en oeuvre par la police pour retrouver le voleur du scooter du fils Sarkozy, on apprend que la même mésaventure est arrivée à la progéniture du couple Hollande-Royal en 2003... et, qu'à cette époque, la Police Nationale avait été dessaisie de l'enquête au profit de la section criminelle de la Police Judiciaire qui avait procédé à des tests ADN. Comme quoi, l'entourage de la candidate socialiste devrait prendre quelques précautions avant de crier au loup.
04 février 2007
Crise de schizophrénie dans l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy
"J'ai changé". Nicolas Sarkozy l’avait martelé à plusieurs reprises dans son discours prononcé lors du congrès de l’UMP du 14 janvier dernier. Pourtant, à observer la tournure que prend la campagne du candidat Sarkozy, il semble que rien n’ait changé. Si le mot "rupture" tend à disparaître du vocabulaire Sarkozyste, le candidat et ses principaux porte-flingues ne manquent jamais l’occasion d’essayer de jeter le discrédit sur l’action du Gouvernement et du Président de la République.
Ainsi, dans un entretien accordé à La Tribune et publié le 29 janvier dernier, Xavier Bertrand, qui cumule désormais les casquettes de Ministre de la Santé et de porte-parole du candidat de l’UMP, avait cru bon de critiquer la formule du CNE (Contrat Nouvelle Embauche). Il s’était d’ailleurs fait vertement rappeler à l’ordre par Dominique de Villepin qui n’avait manifestement pas apprécié le manque de solidarité gouvernementale dont faisait preuve, à cette occasion, le Ministre Bertrand. Surtout à la veille de la publication des chiffres du chômage qui ont marqué, une fois de plus, les excellents résultats engrangés par le Premier Ministre sur le front de l’emploi.
A l’occasion d'une réunion publique qu’il a tenue vendredi dernier à Maison-Alfort, c’est le Ministre candidat, lui même, qui s’en est pris à la politique menée par le Ministère de l’Education Nationale… et les mots n’étaient pas tendres : "la faillite de l'éducation a mis en faillite notre système d'intégration. Les professeurs, les instituteurs ne sont pas responsables de cette faillite (...) C'est la politique qui a fait l'école de la République. C'est la politique qui l'a défaite". C’est donc Gilles de Robien qui a dû monter au créneau pour contre-attaquer : "je n'accepte pas qu'on parle de faillite et de désastre quand il s'agit du travail des enseignants : ce sont des propos très mal inspirés, maladroits et injustes vis à vis du travail magnifique fourni par les enseignants". Et d'ajouter que "jamais l'Education Nationale n'aura fait autant de réformes que depuis 20 mois et je suis sûr que mes prédécesseurs, Xavier Darcos et François Fillon, peuvent en témoigner. C'est le travail de sa majorité d'une part et de ses amis d'autre part". Une façon de rappeler que ceux qui crachent aujourd’hui dans la soupe ont eu en charge les plus hautes responsabilités au sein de ce ministère et qu’il est aujourd’hui paradoxal de les entendre critiquer à tout bout de champ les actions menées depuis 2002.
Enfin, ce soir, au Grand Jury RTL- LCI-Le Figaro, François Fillon qui s’imagine déjà emménager à l’Hôtel Matignon dès le 7 mai prochain, a, une nouvelle fois, fait preuve d’un intolérable manque de loyauté vis à vis du Chef de l’Etat et de la politique gouvernementale. Pour autant, comme l’avait déjà fait Nicolas Sarkozy récemment, il a souhaité que Jacques Chirac apporte, officiellement et rapidement, son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy. Mais dans ce cas, pourquoi vouloir prôner la rupture et lancer des incantations pour recevoir l’adoubement élyséen. La schizophrénie que nous pensions réservée au seul candidat de l’UMP semble désormais se propager à toute l’équipe des "ralliés".
01 février 2007
La rupture est un mot brutal
Alain Rey, conseiller éditorial des éditions Le Robert, a décortiqué pendant 13 ans, pour la matinale de France Inter, un mot de son choix. Aujourd'hui, il pose son regard de linguiste sur quelques mots de la campagne tels que… rupture…
Rupture : c'était dans le discours de Nicolas Sarkozy. Ça ne l'est plus car il a proclamé "j'ai changé", récemment. Il a fait une rupture avec la rupture. Il est vrai que rupture avait quelque chose d'un peu dangereux et dynamique : "la politique du passé n'est pas bonne, je vais la casser en deux et la remplacer". Mais la rupture est un mot brutal. (…) C'est très difficile à employer comme argument dans un débat politique. Beaucoup de gens veulent que ça change, mais en réalité, ils veulent que certaines choses changent et d'autres pas. La rupture ne dit pas ce qu'on va conserver. C'est un discours dynamique pour ceux qui veulent tout péter, et dangereux pour ceux qui veulent qu'il y ait une continuité.