06 décembre 2006
Quand Sarkozy dégaine, De Robien riposte
Récemment, devant un parterre de nouveaux militants fraîchement convertis aux bienfaits du sarkozysme ambiant, le Président de l’UMP avait annoncé qu’il allait nous faire découvrir "la magie du rassemblement". Or, il s’avère que quelques jours plus tard, lors de son discours sur le thème de l’éducation, prononcé à Angers le 1er décembre 2006, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à stigmatisé le travail effectué par Gilles de Robien, son collègue en charge de l’Education Nationale. On se souvient déjà de la capacité du Ministre de l’Intérieur à faire preuve d’une solidarité gouvernementale à toute épreuve : de la crise qui secoua la SNCM en passant par le projet du CPE, c’est toujours à un double jeu cynique que s’est livré Nicolas Sarkozy. S’agissant de l’Education Nationale, le candidat désormais déclaré à l’élection présidentielle, n’a pas hésité à lancer les anathèmes les plus folles contre la politique menée par Gilles de Robien. Mais jugez plutôt : "Je veux m’adresser ce soir aux hussards noirs de la République. Ils existent encore, et plus nombreux qu’on ne croit : enseignants des quartiers difficiles, enseignants des zones d’éducation prioritaire, ils résistent à la facilité et à la démagogie des instructions de l’Education nationale… Aux expériences pédagogiques hasardeuses sur le dos des enfants, aux circulaires administratives aussi détaillées qu’éphémères, au nivellement par le bas des exigences, je vous propose que nous substituions la liberté pédagogique des enseignants… Mais laissons à chaque maître le choix de sa méthode. C’est parce qu’on a cru pouvoir remplacer, par des circulaires administratives, l’expérience de toute une vie d’institutrice qu’on a mis des milliers d’enfants sur la voie d’une lecture hésitante…". C’était donc ça la "magie du rassemblement" ! Une fois encore, Nicolas Sarkozy montre qu’il ne possède aucun talent de rassembleur. Mais est-ce vraiment un scoop ? Toujours est-il que Gilles de Robien ne s’est pas laissé intimider par les rodomontades de son collègue du Gouvernement. "En entendant certaines déclarations, je me demande si certains candidats ont suivi l'actualité, s'ils s'informent de cette réalité", a dit le Ministre de l'Education Nationale lors d'une conférence de presse convoquée pour cette mise au point. "L'éducation est un sujet trop sérieux (...) pour tolérer le simplisme, l'à-peu-près, quelques contre-vérités ou des trous de mémoire", a ajouté le Ministre, qui a proposé un rattrapage et un "soutien individualisé" aux "candidats déclarés". Il ne les a pas nommés mais les a cités assez abondamment, en particulier le Ministre de l'Intérieur et Président de l'UMP, pour qu'il soit aisé de les reconnaître. Ces candidats ont souhaité que les élèves reçoivent les "bases fondamentales". "C'est peut-être ce que j'aurais dit il y a deux ans. Mais (...) le socle commun des connaissances est entré en vigueur depuis septembre 2006", a-t-il ainsi déclaré. "Un candidat veut rompre avec le règne de 'l'idéologie folle' à l'école et dans les IUFM", a-t-il poursuivi en faisant allusion à Nicolas Sarkozy. Or, pour le Ministre, "c'est ce qui sera fait dès le mois de février 2007 (...) en restaurant une approche tout à fait réaliste et pragmatique centrée sur les savoirs fondamentaux". Le même candidat fait "l'apologie de la liberté pédagogique en faisant mine d'oublier la loi" d'orientation pour l'école, dont l'article 48 évoque justement cette liberté pédagogique, a poursuivi Gilles de Robien. Le Ministre a également mis implicitement en cause le Ministre de l'Intérieur à propos des zones d'éducation prioritaire, dont Nicolas Sarkozy a contesté l'efficacité. "Un plan de relance a été décidé, qui permet justement d'y affecter des enseignants expérimentés", a rappelé le Ministre.