29 octobre 2006
Le contresens des statuts de l'UMP
La logique qui a prévalu dans la modification des statuts de l’UMP, intervenue en janvier 2006, laisse perplexe même si certains n’hésiteront pas à rétorquer que cette révision statutaire a été approuvée par une très large majorité des militants. Ainsi, sous couvert de démocratie interne, les nouveaux articles inscrits dans les statuts prévoient que les adhérents de l’UMP seront consultés pour élire celui ou celle qui obtiendra le soutien du parti. Et à lire entre les lignes, il faut surtout entendre le soutien financier qui permettra de faire face aux gigantesques frais de campagne. Outre l’aspect matérialiste de cette vision, elle a surtout l’inconvénient d’enfermer le candidat dans un carcan partisan qui ne correspond pas à la définition de l’élection présidentielle telle que l’avait envisagée le Général de Gaulle. Mais il semblerait que le Président de l’UMP ait compris le piège puisque, de plus en plus sollicité par les nombreuses tendances aujourd’hui englobées dans l’UMP (centristes, gaullistes, libéraux ou ultra-libéraux) qui tentent d’influencer l’orientation de son discours, il souhaite que le projet présidentiel reste son domaine réservé (la consultation actuelle engagée auprès des militants sur les thèmes de la campagne présidentielle seraient donc une vaste plaisanterie). Ainsi, a t-on pu lire dans le Monde du 25 octobre, sous la plume de Philippe Ridet : « Si un accord ne soulève pas de difficultés sur le programme législatif, il s'avère plus délicat sur le projet présidentiel. Celui-ci reste la chasse gardée de M. Sarkozy et, dit-il, "son espace de liberté". Une manière pour le président de l'UMP de ne pas réduire son identité à celle de son parti ». Si la volonté de Nicolas Sarkozy est de s’élever au dessus de son propre parti pour acquérir une dimension de rassembleur, l’objectif est louable et s’inscrit déjà plus dans une vision gaulliste. Sauf que la capacité de rassemblement du Président de l’UMP risque fort de se limiter aux seuls adhérents de l’UMP (et à voir la profusion actuelle de blogs chiraco-villepinistes, même cette unité est loin d’être acquise) et que le mode de désignation partisan décrit ci-avant est en total contradiction avec une telle posture. On se souvient qu’en 1995, le positionnement de Jacques Chirac, au delà du simple appareil du RPR, lui avait permis de recueillir les suffrages d’un électorat qui dépassait les seuls frontières des traditionnels électeurs de droite (les scores cumulés de Jacques Chirac et Edouard Balladur avoisinaient les 40% au premier tour). Mais le paradoxe ne s’arrête pas là puisque, concernant les candidats aux élections législatives, les statuts prévoient que les militants n’ont qu’un rôle consultatif et que la décision finale revient à une commission nationale d’investiture. Ainsi, les adhérents de l’UMP auraient le pouvoir de désigner le candidat à l’élection présidentielle mais n’auraient aucun poids, dans leurs circonscriptions, pour la délivrance des investitures aux élections législatives. De telles dispositions sont incohérentes et si l’on estime que les partis politiques, dont le rôle est reconnu dans la Constitution de la Vème République, ont pour mission de déterminer et de porter le programme législatif, c’est bien à ce stade que les adhérents devraient détenir un véritable pouvoir de décision. Il faudrait sérieusement revoir la copie.